Viola, Lupita & moi

Quel est le lien entre ces deux femmes magnifiques qui crèvent l’écran à Hollywood et moi?  La mélanine, tout simplement.

Je me retrouve en Viola et Lupita parce que comme moi, elles ont la peau foncée. Pour beaucoup de gens, surtout ceux qui ne sont pas noirs, noir c’est noir comme chantait Johnny Halliday. Mais pour qui connait un peu les dessous des communautés afrodescendantes où qu’elles soient sur le globe, la notion de nuances des carnations des peaux noires du plus clair au plus foncé est une évidence. Je n’ai jamais eu de complexe à proprement parler par rapport à ma couleur de peau.  Cela dit, en arrivant en Touraine à 17 ans, j’ai eu une copine de lycée très sympa et plus âgée que moi, qui elle utilisait des produits pour ne pas noircir, et elle a failli m’embarquer dans son délire, parce qu’à un moment je me suis sentie comme elle dans ce besoin de ne pas être plus noire que je ne l’était déjà. Avec le recul je réalise que noircir était perçu par elle comme quelque chose de terriblement négatif, qu’il fallait à tout prix éviter.Heureusement ça n’a duré qu’un laps de temps très court, et sans dommage pour ma peau. Ça se passait plus dans ma tête, je me disais qu’elle avait raison qu’on était bien comme ça et que nous ne devions pas être plus foncées, sous entendu moins bien. Je n’en suis pas arrivée au point d’acheter des produits pour ne pas noircir. Mais influencée par elle, j’ai juste changé de lait de toilette parce que celui que j’utilisais avait plutôt tendance à noircir la peau d’après ses dires. Et depuis, je ne me suis plus préoccupée de préserver ma peau de noircir ou pire de l’éclaircir. Ce très court intermède mis à part, je n’ai  plus jamais eu de soucis avec ma couleur de peau.

Moi non, mais d’autres si.

L’univers des cosmétiques, de la mode, Hollywood, la télévision, la pub, les magazines féminins, le monde de la musique, et même de l’entreprise ! 

Quand on y regarde de plus près, on réalise très vite que parmi les femmes noires mises en avant et déjà, peu nombreuses, les femmes à peau foncées sont rares. On verra plus des peaux claires, métissées, mais des noires foncées sans façon. Oui il faut le dire, ce n’est pas le type de femme qui était mise en avant sous les flashs photographes ni sous les feux des projecteurs.

Et puis arrivèrent Viola, et Lupita.


Alors oui il y a eu un temps, Grace Jones  puis plus tard, Alek Wek et sûrement d’autres que j’oublie dans la mode, mais pour moi, les cas de Viola Davis et Lupita Nyong’o sont différents. Pourquoi? Elles ne sont pas juste des jolis minois que l’on aperçoit sur papier glacé. Viola Davis par sa carrière, son explosion tardive, les prestigieux prix qu’elle a remportés et surtout ses discours inspirants à chaque fois qu’elle en a l’occasion, a prouvé qu’elle était une femme à la tête non seulement bien faite mais aussi bien pleine. Lorsqu’elle reçoit son Emmy Award elle cite Harriet Tubman. Elle évoque la seule différence entre les actrices noires et les autres : les opportunités. Ses positions bien arrêtées, son franc parler font d’elle une femme qui en impose et qui inspire.


Lupita Nyong’o , elle, a une carrière hollywodienne qui a démarré sur les chapeaux de roues, non contente de décrocher un Oscar à sa toute première nomination, elle a aussi été plébiscitée par les médias et est devenue une incontournable des tapis rouges. « Futilités » me direz-vous? « Oh que non! », vous répondrai-je. Parce qu’à l’heure des réseaux sociaux où le nombre de followers définit presque l’importance des uns et des autres, Lupita est très vite devenue une icône et les marques l’ont bien compris. Les créateurs aiment l’habiller. Lancôme l’a choisie comme égérie et a proposé de facto un fond de teint adapté aux peaux noires les plus foncées. Et voilà comment de la légèreté des tapis rouges on en arrive à impacter le quotidien de milliers, que dis-je de millions de femmes à travers le monde et surtout de jeunes filles. Tout comme Viola Davis, Lupita ce n’est pas qu’un joli sourire, elle aussi se sert de sa position pour faire passer des messages forts y compris sur l’acceptation de soi, quand on est comme elle une femme à la peau noire foncée. C’est ce qui m’a plu chez elle. Tout comme Viola elle appelle un chat un chat, et n’hésite pas à évoquer sa peau foncée et expliquer que malheureusement cette spécificité n’a pas toujours joué en sa faveur.

L’impact de son visage, associée à une marque telle que Lancôme est loin d’être négligeable pour des femmes qui justement comptaient jusque là pour quantité négligeable. Si de plus en plus de marques proposent des fonds de teint et poudres adaptés aux peaux noires et foncées il n’en a pas toujours été ainsi. Je me souviens il y a vingt ans quand j’arrivais en France, trouver une poudre adaptée à ma peau était une vraie gageure. Il y dix ans, pour les teintes les plus foncées cela restait compliqué. Et aujourd’hui encore nous avons moins le choix en matière de textures, de marque, de prix que celles qui ont la peaux plus claire et qui peuvent donc acheter des produits y compris chez des marques non spécifiques aux peaux noires souvent plus abordables financièrement.

Grâce à des femmes comme Lupita et Viola qui de part leur métier, leur exposition médiatique et leur statut d’influenceur sur les réseaux sociaux, les lignes bougent. Je le vis comme un soulagement, je me dis, en tout cas j’espère, qu’elles ne seront pas juste une mode, une tendance, mais qu’elles ont  bel et bien ouvert une porte qui ne se refermera plus. Qu’on ne pourra plus se cacher derrière l’excuse, une femme à la peau noire foncée ce n’est pas vendeur, que les canons de beauté vont cesser de célébrer uniquement les carnations les plus claires et laisser enfin s’exprimer toutes les nuances de noir.